FANZONE

ENGLISH VERSION


28/02/2008

L'empereur rouge
(Article paru dans l’équipe le mercredi 20 février 2008)
signé Jean-Michel Rouet

 

A la tête de Manchester United, Sir Alex Ferguson poursuit un parcours phénoménal, sans jamais faire de concession.
En deux décennies à Old Trafford, sous sa direction, les Red Devils sont devenus aujourd’hui plus forts et le club plus prospère que jamais.
L’homme est aussi fameux pour ses coups de gueule tant à l’encontre de la presse, sa cible favorite que contre ses stars.

Quand il est arrivé aux commandes de Manchester United, le Steaua Bucareest était champion d’Europe et le PSG venait de fêter son premier titre de champion de France, avec un buteur nommé Dominique Rocheteau. C’était en 1986 et Cristiano Ronaldo ou Wayne Rooney, nés l’année précédente, apprenaient tout juste à marcher…

A soixante-six ans, Alex Ferguson poursuit allègrement un mandat (22 saisons) comme aucun autre entraîneur n’en aura certainement jamais plus au sommet du football international. Grâce aux vingt-six trophées remportés par Manchester United, il est un musée à lui tout seul. En Angleterre, il a survécu aux gouvernements de Margaret Thatcher, de John Major, de Tony Blair et il sera encore probablement encore à Old Trafford quand Gordon Brown laissera la place. Il a traversé les époques sans rien renier de lui-même, de ses valeurs, de ses colères, de sa connaissance du jeu et des hommes, de son penchant pour un football panache, de son savoir-faire de maquignon génial. C’est le dernier des dinosaures, dont l’une des fiertés est d’avoir mis fin à l’hégémonie de Liverpool, le rival honni, de l’avoir fait tomber, di-il de sa « putain de perche » car, dans ses fréquents emportements, il emploie le mot « fucking » comme d’autres disent bonjour …

Pourtant, Ferguson aurait dû partir au moins trois fois. Ke 18 juillet 200, il annonça sa « retraite irrévocable » au terme de son contrat qui expirait en juin 2002, mais il passa aussi tout prés de la porte à deux reprises. En 1990, après « la période la plus noire de sa carrière (série de deux nuls et six défaites), son job n’a tenu qu’à un fil et qu’à un but marqué par Mark Robins, vingt ans, en trente deuxième de finale de la Cup, contre Nottingham Forest. Une élimination et c’en était fini. Au lieu de cela, quatre mois plus tard, Manchester United enlevait la Coupe d’Angleterre, première levée du formidable empire bâti par Ferguson ….

Le vent du boulet souffla à nouveau beaucoup plus récemment. L’écossais faillit ne pas survivre à la saison 2005-2006 qui, à Manchester United marquait la prise de contrôle de la famille Glazer, impatiente de résultats immédiats. Or distancé par Chelsea en championnat, sorti de la Cup en huitième par Liverpool (0-1), MU allait surtout succomber en Ligue des champions dès la phase de poules, pour la première fois en dix ans, terminant même dernier de son groupe, après des défaites au stade de France contre Lille (0-1) et à Benefica (1-2).

On le prétendait usé, passé d’âge, et il fut alors attaqué de tous les côtés. Un fanzine fit le catalogue des dix raisons pour lesquelles Fergie devait s’en aller mais c’est dans ces situations de conflit qu’il est le plus redoutable. Avec les montées en puissance de Rooney et de Ronaldo, Ferguson savait déjà qu’il possédait les champions de demain. Les faits lui donnèrent raison, mais il a la rancune tenace et son fonctionnement traduit une personnalité sans concession, en particulier auprès des médias, ce qui le différencie notoirement de Guy Roux, avec qui par ailleurs on pourrait trouver beaucoup de comparaisons.

Ainsi, Alex Ferguson est également « old school » mais à l’inverse de l’Auxerrois, il ne se nourrit pas de son image. Quelque part pour lui, la presse est un fléau. La recherche du sensationnel à tout prix, qui accompagne les tabloïds, lui donne la nausée. Il a certes quelques zmis dans la profession , des gens de sa génération. « Il y a d’excellents journalistes mais la presse est devenue un monstre. Elle pense connaître toutes les réponses, ne s’intéresse plus au jeu, ne recherche que des histoires exclusives, que les potins des vestiaires. Et quand elle ne les obtient pas, vous êtes en grand danger ». En état de siège permanent, Ferguson se croit persécuté, persuadé que les médias fomentent un complot permanent à l’égard de Man Utd. « Ils ne rêvent que d’une chose, me voir tomber, nous voir tomber » aime-t-il à clamer.

Ainsi, son unique interlocuteur régulier est MUTV,la chaîne du club. Pour des commentaires qui l’avaient irrité ou pour des jugements défavorables à ses joueurs, il a parfois banni plusieurs journaux à Carrington, le centre d’entraînement de MU. Accusé de « vendetta », le Daily Mail fut longtemps interdit de séjour, mais la presse populaire n’est pas la seule cible. Sir Alex ne parle plus depuis des années à la BBC – pourtant détentrice des droits de la Cup et de Match of the Day, le France 2 foot anglais et voilà aussi plusieurs saisons qu’il boycotte les conférences de presse d’après match destinées à la presse écrite, sauf celles de la Ligue des Champions, imposées par l’UEFA.

Dans un livre publié l’an passé (Sir Alex Ferguson : This is the One, éditions Aurum Presse), Daniel Taylor, journaliste au Guardian raconte plusieurs anecdotes édifiantes à ce sujet. Un jour à des reporters qui l’interrogeaient sur ses intentions d’assister à la prochaine coupe du monde, il répondit « Ce n’est pas votre affaire. Est-ce que je vous demande si vous allez passer vos soirées dans ces putains de clubs gay ? ». Une autre fois, un représentant du Daily telegraph osa solliciter sona vis sur les raisons d’une saison sans titre. « Bonne question, coupa-t-il. Elle nécessiterait toute une interview, mais crois moi cette putain d’interview tu ne l’auras jamais. Le quotidien local n’échappe pas à ses ressentiments ponctuels. Quand il est de mauvais humeur, Fergie qualifie le Manchester Evening News de Manchester Evening blues pour ses préférences supposées à l’égard des bleus de Macnhester City …

Tel est le charme de Ferguson, imprévisble et sanguin, sociable et attentionné, selon les circonstances et dont les proches vantent la générosité, la fidélité en amitié et le culte de la famille. Dès qu’il peut, Sir Alex fonc assister aux matchs de Peterborough (D4), le club managé par son fils Darren.

Qu’on se le dise également, cet homme là aime la France, mais pas tous les français, surtout lillois, depuis l’incident du coup franc de Ryan Giggs la saison dernière à Lens (1-0) et l’interruption honteuse maintient-il du match de Ligue des Champions qui s’ensuivit. En revanche, il a particulièrement goûté l’accueil lyonnais l’autre samedi, à l’occasion d’Ol-Sochaux, expliquant que le repas était formidable et le vin encore meilleur !

Selon lui, , Jean-Michel Aulas est un président très avisé que, incroybale, il est capable de vendre un milieu de terrain 28 millions d’euros, référence du transfert de Mahamadou Diarra (en 2006 au Real de Madrid), pour le remplacer par un Toulalan aussi bon et beaucoup moins cher. Il ne s’en cache pas : Ferguson fera tout pour débaucher Karim Benzéma l’été prochain …

La France, il y passe chaque été ses vacances, à Saint Jean Cap Ferrat, apprécie donc ses grands crus (il possède plus de six mille bouteilles), ses champs de course et ses joueurs, pour qui il a eu toujours une affection particulière depuis sa rencontre avec l’incomparable Eric Cantona. Il a du reste appris notre langue sur vidéo cassettes… Avec Louis Saha, et Mikael Silvestre, Patrice Evra poursuit la filiation et l’ancien monégasque a des trémolos dans la voix lorsqu’il évoque le boss. « J’ai envie de dire merci au bon Dieu : Quoi qu’il arrive, j’aurais été entrainé par Alex Ferguson » confiait-il dans un interview accordé en décembre à l’Equipe. Il y ajoutait : « Je me souviens d’un match perdu 2 à 1 contre Arsenal à la dernière seconde. Mon père l’a déjà crié dessus. Mais quand j’ai vu le coach hurler dans le vestiaire là, c’était du jamais vu … T’as l’impression qu’il va tout casser ;;;; Ce qui est bien, c’est qu’il ne fait aucune différence. S’il doit gueuler sur Wayne Rooney, Cristiano Ronaldo ou sur moi, il gueule sur sur Wayne Rooney, Cristiano Ronaldo et sur moi de la même façon.

En Angleterre, sa vindicte n’est jamais sélective. LA devise de Ferguson se résume d’ailleurs à une formule « My way or the highway (ma manière ou l’autoroute, comprenez c’est comme cà ou dégagez !). Il ne fait pas bon en effet enfreindre les règles tacites du patron en matière de discipline ou de devoir de réserve. En deux décennie, plusieurs stars majeures de MU ont été invitées à aller voir ailleurs pour leur comportement ou leur propos : de Gordon Strachan à Ruud Van Nistelrooy, en passant par Paul McGrath, Japp Stam, Roy Keane et bien sûr David Beckham dont la vie était devenue bien trop people depuis son mariage avec Victoria, selon Ferguson, lequel n’hésite pas non plus le cas échéant à dire ses vérités à ses dirigeants.

Il n’a ainsi pas vraiment apprécié que Manchester United ait donné son accord à la Premier League sur le projet d’une 39ème journée mondialisée sans lui demander son avis. Personne ne refera Sir Alex Ferguson. Et finalement, la presse anglaise sera un jour la première à le regretter.

 



Copyright © 2005 MUSC France Association Loi 1901
Plan du site - Infos légales - Contact



Rejoignez nous


Les Légendes


Supporter groups


Champions League


Gallerie photos


Old Trafford


MUFC History


Livre by C. Boli