FOCUS ON
« You’ll
never win anything with kids! »
"On ne gagne rien avec des gamins"
(article rédigé par Marco Locram)
Et pourtant, dans l’histoire de Manchester United, les kids
ont souvent porté le club vers les sommets.
Un bref retour dans le passé s’impose. En 1993, Manchester
remporte le championnat pour la première fois depuis 1967,
bien aidé par l’arrivée du King Eric Cantona.
En 1993-1994, le club réussit même pour la première
fois le doublé coupe-
championnat, après le renfort
de Roy Keane au milieu de terrain. L’année 1994 est
malheureusement une année de tristesse aussi, avec la disparition
du légendaire Sir Matt Busby. Moins tragique mais également
douloureux pour le club, Eric Cantona se voit infliger une suspension
de huit mois après avoir agressé un supporter dans
les tribunes. L’équipe rayonne moins. Elle termine
deuxième en 1994-1995 et perd dans le même temps la
FA Cup face à Everton. Sir Alex pense alors qu’un
cycle touche à sa fin. Bryan Robson avait déjà quitté le
club en 1994 pour Borough. Cette fois-ci, plusieurs joueurs cadres
quittent le club. Paul Ince, pourtant devenu un joueur incontournable
de Manchester et capitaine de l’équipe nationale en
l’absence d’Adams et Platt, rejoint l’Inter Milan à seulement
28 ans. Andrei Kanchelskis, considéré alors comme
le meilleur ailier du pays, est vendu à Everton. Le buteur
prolifique Mark Hughes signe lui à Chelsea, après
avoir inscrit 162 buts pour Manchester.
Alan Hansen s’exclame alors : « Vous ne gagnerez jamais
rien avec des gamins ! »
Sir Alex Ferguson décide alors de faire confiance aux jeunes
joueurs du club, vainqueurs de la FA Youth Cup 92. Pour l’ouverture
de la saison 1995-1996 à Villa Park, on trouve cinq « anciens » :
Peter Schmeichel, Paul Parker, Gary Pallister,
Brian McClair, et
Denis Irwin. Tous trentenaires ou presque. Autour d’eux,
les kids sont bien présents. Si Roy Keane bénéficie
déjà d’une saison passée en Premier
League au sein du club, il n’a alors que 24 ans. Gary Neville
(20 ans) est titulaire, tout comme Lee Sharpe (24 ans), Nicky Butt
(20 ans), Paul Scholes (20 ans), et Phil Neville (18 ans). Beckham
(20 ans) fait son entrée à la mi-temps, alors qu’O’Kane
(20 ans) entre à l’heure de jeu à la place
de Pallister, et laisse le jeune Davies (21 ans) seul sur le banc.
Le match est perdu 3-1 dans un stade comble, avec une réduction
du score en fin de match signée Beckham. Alan Hansen, commentateur
de la BBC et ex joueur de Liverpool, s’exclame après
le match : « You’ll never win anything with kids ! ».
Le célèbre « Vous ne gagnerez jamais rien avec
des gamins ! ».
Newcastle
s’envole au classement avec 10 points d’avance
La suite…est une histoire comme seul Manchester United peut
nous en offrir. Manchester reste invaincu les dix matchs suivants,
avant de perdre face à Arsenal. Après ce match, Manchester
reste poussif à l’extérieur. Newcastle est
intenable offensivement, s’empare de la tête du classement.
Le jour de l’An, Tottenham bat
Manchester 4-1, et inflige à Manchester
sa cinquième défaite à l’extérieur.
Pendant ce temps, Newcastle s’envole au classement avec 10
points d’avance. La guerre des nerfs fait rage dans cette
deuxième partie de saison. Sir Alex glisse aux journalistes
que les adversaires de Newcastle doivent sans doute lever le pied
face aux Magpies, afin d’éviter que Manchester soit
champion. Kevin Keegan répond avec véhémence
face aux caméras une phrase non moins célèbre, « I’d
love it if we beat them. Love it! » Mais Keegan doit s’avouer
vaincu, Manchester remporte de façon exceptionnelle treize
des seize derniers matchs et empoche 41 points, avec une seule
défaite durant cette période. Manchester finit champion
avec quatre points d’avance sur Newcastle et onze sur Liverpool.
En FA Cup, Cantona marque un but mythique face à Liverpool,
le but de la victoire. Il permet ainsi à Manchester de remporter
le deuxième doublé coupe-championnat de son histoire,
une performance alors inédite et historique dans le football
anglais.
Il est intéressant de se remémorer ses souvenirs,
quand beaucoup de supporters s’interrogent sur l’avenir
du club et le recrutement. Nul ne sait si les jeunes actuels feront
aussi bien que leurs aînés. Néanmoins, beaucoup
sont internationaux et suscitent l’admiration de Sir Alex
, qui aura prouvé à Alan Hansen que l’on peut
gagner avec des kids. Dans l’histoire de Manchester, les
jeunes ont toujours eu une place à part. Des Busby Babes à la
génération des fréres Neville, Scholes, Butt,
Giggs et Beckham. Sans oublier Roy Keane à ses débuts,
Denis Law, George Best, Wayne Rooney, ou encore Cristiano Ronaldo
aujourd’hui. Sir Alex voudrait sans doute démontrer
une fois encore l’importance de cette jeunesse mancunienne.
Prouver que l’argent et les achats massifs de joueurs ne
font pas tout. Il y a même fort à parier qu’aujourd’hui,
Sir Alex répondrait à Alan Hansen : « You’ll
never win anything…without kids ! »